Il y a vingt ans, le rap arabe circulait en CD gravés, en clés USB et sur des forums. Aujourd'hui, il remplit des salles, domine les plateformes et a inventé ses propres images : des quartiers filmés au téléphone, de la calligraphie qui croise le graffiti, des néons sur du béton. De Tunis au Caire en passant par Amman, voici une scène qui mérite largement une place sur ton mur.
Petit tour d'horizon, ville par ville, et quelques idées pour en faire une vraie déco.
Tunis, berceau d'une génération
Impossible de parler de rap tunisien sans commencer par Balti. Mohamed Salah Balti, né à Tunis en 1980 et originaire de Sidi Hassine Sijoumi, commence avec le groupe Wled Bled avant de se faire connaître sur la scène tunisienne au début des années 2000. Il fait partie de ceux qui ont montré qu'on pouvait rapper en derja et toucher tout le pays.
La génération suivante a pris des chemins très différents :
- KTYB, né en 1992 à Kabbaria, en périphérie de Tunis, se fait remarquer ado avec ses freestyles, forme un duo avec Vipa, puis part en solo à partir de 2017 vers un cloud rap planant. Son album Noise Cancelling sort en 2022. Son univers visuel, c'est le casque sur les oreilles, les lumières floues, la ville vue à travers une vitre.
- Samara, de son vrai nom Semah Riahi, vient de Menzel Bourguiba, près de Bizerte. Sa trajectoire, d'une ville du nord jusqu'aux sommets du streaming, parle à beaucoup de jeunes hors de la capitale.
- A.L.A, autre voix de Tunis, cultive une esthétique plus nocturne, entre ombres et lumières de rue.
Ce qui rassemble ces artistes à l'image : le quartier comme décor, les teintes sombres, et une langue, la derja, qui s'écrit de plus en plus fièrement sur les visuels.
Le Caire et Alexandrie : rock rebelle et trap sous les néons
En Égypte, deux énergies se croisent.
Cairokee est un groupe de rock fondé au Caire en 2003 autour du chanteur Amir Eid. Le groupe devient très populaire à partir de 2011, avec des chansons nées de la révolution comme Ya El Midan, chantée avec Aida El Ayouby. Leur imagerie mélange rouge, foule et typographie arabe brute : du rock qui parle la langue de la rue.
De l'autre côté, Wegz, né Ahmed Ali Shahat à Alexandrie en 1998, a grandi dans le quartier d'Al Wardian. Il mélange trap, mahraganat et chaabi égyptien, et son single Dorak Gai en 2020 l'a propulsé dans tout le monde arabe. Visuellement, c'est la trap version Méditerranée : nuits humides, lumières de port, néons.
Et puis il y a Amr Diab, né à Port-Saïd en 1961 et surnommé El Hadaba. Habibi Ya Nour El Ein, sorti en 1996, reste l'un des tubes arabes les plus connus au monde : la pop égyptienne qui a ouvert la voie à tout le reste.
Amman, Casablanca, Gaza : la scène sans frontières
À Amman, JadaL est l'un des premiers groupes de rock arabe de la région. Formé en 2003 par Mahmoud Radaideh, il se fait connaître avec une reprise rock d'Abdel Halim Hafez, preuve que les guitares électriques et le tarab peuvent cohabiter.
À Casablanca, ElGrande Toto, de son vrai nom Taha Fahssi, mélange darija, français et anglais dans une trap qui a fait du rap marocain un poids lourd du streaming. Et Saint Levant, né à Jérusalem en 2000 et qui a grandi à Gaza, chante en arabe, en français et en anglais une pop levantine pleine de mer et de mélancolie ; son premier EP s'intitule From Gaza, With Love.
Esthétique de rue et esthétique cassette
Le rap arabe a deux grands codes visuels, et ils se marient très bien au mur.
- La rue : béton, grillages, scooters, survêtements, graffitis en lettres arabes, flash du téléphone dans la nuit. Palette noire, grise, avec un accent rouge ou orange.
- La cassette : les jaquettes d'autrefois, photos un peu passées, titres arabes dessinés à la main, couleurs chaudes et grain d'image. C'est la mémoire des marchés et des autoradios, celle des légendes arabes comme Oum Kalthoum, Fairuz ou Abdel Halim.
Mélanger les deux crée un dialogue entre générations : un portrait de Balti en noir et blanc à côté d'une affiche rétro d'Oum Kalthoum raconte toute une histoire de la musique arabe en deux images.
Afficher la scène chez toi
- Chambre : une affiche de ton artiste de référence au-dessus du lit, une deuxième plus graphique à côté. Garde la même palette.
- Studio d'enregistrement ou coin home-studio : alterne rappeurs et groupes de rock arabe, à hauteur des yeux derrière le micro. Ça motive les sessions.
- Café ou barbershop : une rangée de trois ou quatre affiches de villes différentes (Tunis, Le Caire, Amman) pour montrer que la scène n'a pas de frontière.
Toutes les affiches de l'univers Pop & Rap arabe sont imprimées en Tunisie, payables à la livraison et livrées dans les 24 gouvernorats. Ce sont des créations de fans qui célèbrent ces artistes, sans lien avec eux ni avec leurs labels.
Le son est déjà dans tes écouteurs. Il ne manque plus que l'image.